27
Jan 14

Drôle d’époque…

A l’instar du boire qui subit en France depuis deux décennies les affres d’un hygiénisme rampant nimbé de prohibitionnisme, le rire connait depuis quelques années les déboires d’un dogmatisme auréolé de puritanisme que la liberté d’expression n’ose même plus égratigner. C’est l’avènement d’une société aseptisée par le politiquement correct, le triomphe de la bière sans alcool sur le Meursault, la victoire de Roumanoff sur Desproges.

willeminQu’un cuistre nous inonde les synapses de son incontinence moralisatrice, en nous rabâchant que 3 verres de vin tuent plus que les Kalachnikov, et je pouffe à peine. Quoi de plus banal qu’un cabinet ministériel occupé à délivrer des messages sanitaires me direz-vous? Quel crédit accorder au serment d’un hypocrite prescrivant en son cabinet, on y revient, de licites drogues plus abrutissantes qu’un défilé de chars soviétiques sous Brejnev? De grâce, messieurs les biens-pensants, retournez en ces lieux que l’on est prié de laisser dans l’état dans lequel on les a trouvés en entrant et avalez la clé…Mais je n’ai guère plus d’estime pour ces maladroits défenseurs de la cause bacchique qui tentent scientifiquement de justifier notre quête d’euphorie. On ne peut donc plus siroter un ballon de rouge en attendant la mort, sans qu’un fanatique ne vienne nous engluer le cortex de son discours lénifiant.

Sus à ce pédophile nazi!

Sus à ce pédophile nazi!

Mais je ratiocinerai aujourd’hui sur cette parachronique (auto)censure dont sont victimes les démocraties occidentales, et plus particulièrement leurs humoristes. Comme le disait le Grand Pierre : « si l’on ne peut rire avec tout le monde, on peut, on doit même, rire de tout : de la guerre, de la misère, ou de la mort, afin de désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles ». Mais ce qui était risible en 1980 frôle aujourd’hui l’indécence, l’incitation à la haine raciale, l’antisémitisme, l’homophobie, le sexisme et autres joyeusetés : c’est le révisionisme 2.0. Le communautarisme se drape de vertu quand il s’agit de pourfendre un trublion qui bouscule les roucoulantes masses qui clapotent doucereusement dans une vie faite de frustrations. Alors, je ne vois qu’un seul remède à cette constipation épidémique des zygomatiques : une cure de dragées Fuca pour tous les culs pincés!

« Les sots vont loin quelquefois, surtout quand le fanatisme se joint à l’ineptie », écrivait Voltaire en 1764. Tristement visionnaire…

 


06
Juin 13

Paradigme abscons

Cher lecteur, je te propose aujourd’hui un choix inédit. Vote pour l’un des deux sujet suivants, et je rédigerai un billet sur le thème plébiscité :

1) L’évolution de la pensée présituationniste entre l’école hégélienne et le négativisme de l’infrastructure néo-nietzschéenne a-t-elle, inconsciemment ou non, influencé la carrière de Franck Ribéry?*

2) Le vin en France : caca boudin ou miam-miam?

Sans vouloir déflorer le 1er sujet, je dirais qu’il s’agit de s’interroger sur la vacuité de l’observation scientifique de diptères dans un coït anal, plus que d’une recherche didactique sur l’incontinence verbale des champions de la balle au pied.

Fernand Point, le mentor de Paul Bocuse.

Fernand Point, le mentor de Paul Bocuse.

Quant au 2ème sujet, il en va de l’exploration des méandres d’un masochisme bien français, et plus particulièrement des élites gouvernantes, par nous élues, dans cette propension à brûler ses idoles. 11 milliards d’euros d’excédents commerciaux en 2012, inscription en 2010 au patrimoine immatériel de l’Humanité du repas gastronomique des français dont le vin est mentionné comme partie intégrante, ambassadeur d’un certain art de vivre, copié, jalousé, le vin n’en est pas moins dénigré en France. C’est le French Paradox 2.0.

Feu Alain Chapel, chez lui, à Mionnay

Alain Chapel, cuisinier de génie, amoureux des vins. « Sans les grands restaurateurs, le vin français n’en serait pas là », dixit Jean-Louis Chave, du domaine éponyme (une référence pour les amateurs d’Hermitage).

Que notre économie possède un fleuron mondial, et voilà t-y pas que des hygiénistes, buveurs d’eau de morue, moralisateurs de service, empêcheurs de tournées générales en rond, viennent souiller de leurs décrets orduriers notre liberté fondamentale de disposer librement de nos foies. Moi qui croyait que la foi et l’Etat avaient divorcé en 1905, j’ai du rater un épisode…Au nom de quelle obscure vision du monde ou de notre avenir, peut-on délibérément entraver la bonne marche de la filière viti-vinicole en France quand il est de bon ton de financer des usines de mines anti-personnelles dernier cri, ou râle, selon la gravité des blessures, ou de procéder à de salubres essais nucléaires, loin de chez nous, quand même, pour ne pas réveiller les petits pendant leur sieste à cause du bruit?

Quel sinistre technocrate chaussant mocassins à glands et lunettes étriquées a mandaté quel tortionnaire chafouin, dont les SS n’auraient pas voulu, pour la mise en place de ces procédures kafkaïennes d’obtention de certificats vétérinaires pour exporter deux bouteilles de Beaujolais, un saucisson et du Saint-Nectaire?

Satan

Viens faire un tour dans le Beaujolais, tu vas trinquer…

Quelle officine de quelle administration cacochyme, qui fait où on lui dit de faire, peut d’un côté choyer l’Exception Culturelle, et de l’autre, nous crétiniser par d’ineptes messages? Dans un trait d’arrogance ultime, a-t-on voulu éclairer nos esprits indigents? Rabelais écrivait en son temps : « Le jus de la vigne clarifie l’esprit et l’entendement, apaise l’ire, chasse la tristesse et donne joie et liesse. » Transformons cette criminelle incitation à la débauche par une licence poétique empruntée à M. Evin : « Le jus de la vigne clarifie l’esprit et l’entendement, apaise l’ire, chasse la tristesse et donne joie et liesse. L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération ». Entre deux salades de pissenlits, François doit se retourner dans sa tombe.

* : le Grand Pierre fustigea en son temps Raymond Poulidor. Je me contente d’une mise à jour du membre de la « horde sudoripare »…


11
Mai 13

Ambiance « bio » à la Beaujoloise 2013

IMG_2314« Salut, qu’est-ce que j’te sers? » C’est ainsi que Romain des Grottes, du domaine éponyme, m’accueillit en son stand lors de l’édition 2013 de la Beaujoloise, sans même attendre que mes titres de noblesse fussent énumérés. Les plus conservateurs d’entre vous auront relevé avec quelle outrecuidance l’homme, ou devrai-je dire la bête humaine, a ignoré la plus élémentaire des bienséances qui eût voulu qu’il baisât en premier lieu ma chevalière dans une génuflexion emplie d’obséquieuse déférence. Mais, que voulez-vous, il en va des bonnes manières comme de la guillotine : tout fout l’camp…A moins que les circonstances de notre rencontre n’expliquent cette attitude peu protocolaire. Pour y voir plus clair, planquons le Cahuzac…Heu, pardon : partons dans le Larzac…

IMG_2315La Beaujoloise est une manifestation iconoclaste rassemblant ce qui se fait de mieux (ou de pire) dans le Beaujolais viticole. On y trouve, au détour de ses 3 espaces de dégustation, des vignerons aux méthodes traditionnelles (Beaujol’Art), des vignerons bio et nature (Biojolaise) et des vignerons de tous styles (Beaujoloise). Vient s’ajouter un 4ème espace (Beaujalien), le « off » que tout bon événement se doit de drainer en son sillage, avec des figures aussi insaisissables que talentueuses, plus « nature » que leurs vins, telles que Christian Ducroux ou Michel Guignier. Alors, l’objet de ce salon vous paraît aussi limpide qu’un vin non filtré avec des poissons dedans? Disons que la Beaujoloise est le grand rassemblement des vignerons bio et nature du Beaujolais, mais pas que.IMG_2316

Mais commençons par rendre à Jules ce qui est à Jules. Le père des vins nature* est un homme du Beaujolais; il n’est donc pas étonnant qu’une telle manifestation se tienne au sein du royaume du Gamay. Jules Chauvet était un négociant, « winemaker » et grand dégustateur, chimiste de formation (ayant correspondu avec un Nobel de médecine), et qui, dans les années 60 fit les premiers vins nature en Beaujolais. Il influencera de nombreux vignerons, comme le rapporte son disciple Jacques Néauport (Les tribulations d’un amateur de vin, ed. La Presqu’Ile).

C’est donc dans une ambiance « bio » de bon aloi (gratuité de l’entrée et du lunch, bonne humeur non feinte, dress code qu’Emmaüs n’aurait pas permis), que l’on croise des vignerons qui servent de merveilleux nectars (Guy Breton, Mathieu Lapierre, Jean Foillard, Georges Descombes), ou parfois des philosophes reconvertis dans l’agriculture cosmique, pour qui les vins glou-glou** sont une fin en soi. Mais je réserve mon coup de griffe à ces humanoïdes qui revendiquent l’esprit « bio », arrivant au volant de leur voiture consommant 30l/100km, et que l’on reconnait à leurs élans simiesques pour tutoyer le quidam, histoire d’être aussi sympa que ces paysans authentiques travaillant la glèbe. « T’aimes ça, toi? Trop dégueu » lança à mon endroit un Abercrombie & Fitchoïde accompagné de sa pintade Louboutinisée. Comme disait Desproges : « je ne tutoie que les gens que j’aime, et toi, tu commences à me plaire… »

 

* : un vin nature est le résultat d’une conduite de vigne et d’une vinification n’acceptant aucun intrant exogène : aucun produit de synthèse (souffre, pesticide, etc), ni levure (non indigène). Le résultat peut être…surprenant!

** : certains vins nature sont qualifiés de « glou-glou » parce qu’ils se boivent facilement, sur le fruit, et sans risque de mal de tête le lendemain (parce non sulfité). Pour ma part, je trouve que ce terme est un cache-misère pour des jus tous identiques, sans expression propre, aux notes parfois animales (et déplaisantes), voire déviantes.


17
Avr 13

Les errements du Gamay

Les 40 dernières années semblent s’être acharnées sur le Beaujolais. Je distinguerais trois époques, certaines se chevauchant allègrement, chacune charriant son lot de turpitudes. Revenons sur ces évènements, comme s’il était besoin de prouver que l’esprit est aussi peu ardent que la chair est faible*.

1ère époque : que pisse la vigne !

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Un programme qui en dit long…

Quand on sait que jusque dans les années 60, les vins du Beaujolais rivalisaient en prix avec la Bourgogne, la tentation était grande pour nos producteurs spécialisés dans le Gamay que de pousser à l’excès les rendements, au détriment rédhibitoire de la qualité. Alors que les Romains savaient déjà canaliser leurs irrépressibles besoins naturels, l’homo beaujolus, lui, n’a rien trouvé de mieux que les bouteilles de vin pour soulager cette vigne incontinente. Triste époque que ces années 70 à 90 où la vigne « pissait » goulûment, hypothéquant pour les décennies à venir l’image du Beaujolais.

2ème époque : vive le jus de planche !

C’est en référence aux douelles des tonneaux de chêne qui composent les barriques où sont élevés certains vins peu engageants que l’on parle de jus de planche. Depuis les années 80-90 fleurissent dans tous les vignobles du monde des vins où cette technique d’élevage trop poussée (temps de passage en fût trop long, futaille trop neuve) fait apparaitre un goût prééminent de vanille, gommant ainsi toute expression variétale comme le fruité du Gamay. Popularisée par Robert Parker, cette technique oenologique a signé d’heureux succès, comme à Bordeaux, dans le Rhône ou en Bourgogne, dont les cépages intègrent traditionnellement bien les notes « boisées ». Mais suffit-il de singer d’illustres références pour s’en arroger le talent?

3ème époque : qui veut de la cocote?

Vin bouillu, vin foutu...

Vin bouillu, vin foutu…

La Macération Pré-Fermentaire à chaud (MPC), dite plus prosaïquement « thermovinification », reprend le principe de la décoction puisqu’il s’agit d’extraire les principes aromatiques et colorants du moût de raisin par élévation significative de la température (60° à 70°C, contre 30-35°C maximum). Très en vogue dans le Beaujolais depuis les années 90-2000, elle a pour conséquence d’intensifier la robe du Gamay qui est intrinsèquement plutôt léger en couleur, et surtout d’en exacerber le goût de cassis. Louée par les coopératives à qui cette méthode permet d’aligner sur un standard gustatif unique les différentes vendanges rentrées, d’aucuns la honnissent, y voyant l’emploi massif d’un cache-misère et l’uniformisation rampante des vins.

Je ne prêche pour aucune paroisse : un rendement trop faible est économiquement non viable alors que des rendements trop élevés diluent le vin; un passage du vin en fût de chêne peut l’ « arrondir » alors qu’un séjour prolongé peut le « charger » outrageusement en vanille; un usage modéré de thermovinification par assemblage de différentes cuvées peut intensifier la robe et complexifier un vin alors qu’un usage exclusif rend un vin aussi intéressant à la dégustation qu’un soda. Non, ma prière s’adresse à tous ces vignerons qui se renient : amenez le consommateur à vous au lieu de vous abaisser au marché, vous survivrez ainsi à toutes les modes.

* : comme quoi les dires de ce sportif célèbre du début de notre ère, spécialiste du saut de l’ange, ne sont pas toujours paroles d’évangile…


03
Mar 13

Robert Parker

Robert Parker balbutiait en tant que critique de vins lorsque sa carrière décolla au début des années 80, avant d’être littéralement « satellisé » quelques années plus tard. Au-delà de ses qualités de dégustateur hors norme (il peut goûter une centaine de vins dans la journée, sans que son jugement ne s’émousse), et de sa mémoire olfactive et gustative surdéveloppée (il dit goûter 10 000 vins/an !), l’origine de ce succès « stratosphérique » prend sa source à Bordeaux, dans le millésime 1982. Retour sur le phénomène.

guide_parker_bordeauxAlors que la majorité des critiques méjuge totalement le potentiel du millésime 82, Robert Parker, à l’instar de Michel Bettane, l’encense immédiatement : jackpot, l’année se révèlera être magistrale, notamment à Bordeaux. Les acheteurs suivront dorénavant ce juriste américain à la « vista » indéniable, et aux jugements aussi attendus que décriés. Les cuistres boursouflés de jalousie ou de frustration reprochent au Guide de porter des avis qui sonnent comme autant de sentences. C’est vrai qu’il peut faire (à Bordeaux) ou défaire (en Loire dont il trouve les rouges « herbacés ») la réputation de certains vins. Mais quelle responsabilité le critique endosse t-il dans la médiocrité qu’il dénonce? Il me semble moins inepte de « challenger » la méthode, ou d’exposer les orientations du dégustateur.

Tel un journaliste citant hors contexte, ou un critique littéraire jugeant un roman sur son seul titre, le dégustateur se livre toujours à un exercice périlleux en résumant un vin sur une ou plusieurs expériences de dégustation. Certes, les qualités organoleptiques d’un vin sont primordiales, mais ces dernières s’apprécient au regard de l’instant même de la dégustation : déguste t-on seul ou entre amis, dans le calme ou la cohue, en mangeant ou pas, chez soi ou chez le vigneron, etc. Ainsi, dans le cas d’une bonne note (supérieure à 80/100) ou mauvaise note (entre 50 et 80/100) attribuée par Robert Parker peut-on avoir soi-même une appréciation dissymétrique.

Goûter à la chaîne des dizaines de vins différents en quelques heures revient inéluctablement à favoriser les vins riches, puissants et tanniques. Les vins « parkérisés », comprendre touchés par la grâce d’un commentaire élogieux, se sont ainsi retrouvés dépositaires d’un style qui allait bientôt faire école compte tenu des retombées commerciales induites. Faisant la part belle aux élevages en fût de chêne et à l’extraction poussée, Robert Parker a influencé de nombreux vignerons, comme en Italie, dont les « super-toscans » sont un avatar.

Gourou du vin comme il est parfois surnommé, Robert Parker n’en reste pas moins homme. Il commet des erreurs (cf. enquête à charge d’Hannah Agostini « Robert Parker, anatomie d’un mythe », ed. Scali), ne fait pas autorité dans tous les vignobles (il est persona non grata en Bourgogne, où une affaire l’a opposé à la Maison Faiveley, dont, pour la petite histoire, l’avocat était un certain Hubert de Montille), et possède (ou est possédé par) un bulldog Buddy qui pète. Pour ma part, je respecte le seul critique ayant jamais influencé le monde du vin, et dont les ouvrages sur Bordeaux font référence. Je rejoins en cela Michel Rolland qui dit de Robert Parker que « Bordeaux peut lui ériger une statue ».


13
Fév 13

Concours International du Gamay (Lyon)

téléchargementUn jus de planche ou une décoction de cassis* ? Fromage ou dessert? Va t-on au coiffeur ou chez le capilliculteur? Afin de sortir définitivement de ces dilemmes cornéliens que la main d’un autre Pierre n’eut pas nié, rendez-vous furent pris à Lyon pour assister en toute bonne foi aux 2ème et 3ème éditions du Concours International du Gamay. Ces salubres célébrations oecuméniques ont pour but de louer le fruit (fermenté) de cette union entre Pinot Noir et Gouais**, si cher au palais d’un parterre d’ouailles baptisées au jus d’automne. Des vins honnêtes de vignerons non moins intègres y quêtent une gloire éphémère pour le salut de leurs ventes. Las! On ne croise pas que des enfants de coeur dans ces grands messes : d’irrémédiables charlatans cherchant l’aumône prêchent à grands renforts d’intarissables tord-boyaux ruine-papilles. Alors, recueillons-nous, mes biens chers frères, afin de trier le bon grain de l’ivraie…

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Un mannequin pour cagoule se cache dans l’assistance. Saurez-vous le retrouver?

Occasion exceptionnelle de goûter à tout ce qui se fait de près (Beaujolais) ou de loin (Canada) avec du Gamay noir à jus blanc, cette dégustation initiée par Inter Beaujolais invite nos sens au voyage, à la découverte de terroirs inconnus, à l’ouverture de l’esprit et du gosier. Avec pour fil conducteur ce cépage singulier aux expressions plurielles, je m’apprêtais à goûter le plaisir d’une ascension horizontale dans le royaume du souverain Beaujolais. Même si l’objectif avoué de ce type de concours est de noter, classer, discerner pour mieux décerner un prix, une médaille, à l’honneur ridicule, en tant que juré, on n’est pas à abri d’une rencontre heureuse.

Mais l’indigente variété des vins dégustés, plus proches du soda que d’authentiques crus, grimés à en faire pâlir un peintre en bâtiment, fit prendre à l’expérience sapide un fâcheux tournant, celui du crachoir. Je pointe ici du doigt la mode actuelle des Gamay aux goûts de cassis et de vanille que la thermovinification* et/ou un élevage en fût* confèrent aux vins. Le débat n’est pas plus d’être pour ou contre la vanille et le cassis, que pour ou contre le bleu et le rose. La question est de savoir si nous voulons que tous les garçons soient vêtus de bleu et toutes les filles de rose, au risque d’être rapidement saoulés. A moins que ce ne soit le but recherché…

* : lire l’article « Les errements du Gamay ».

** : l’authentification de  cette auguste lignée est le résultat d’une technique scientifique reposant sur l’utilisation des marqueurs moléculaires.


15
Jan 13

2012 : vous en reprendrez bien une petite rincée?

Rincé mais sec.Tondu mais à poil? Qui suis-je?

Pouf-pouf.

Malgré l’utilisation de 30% de ressources en moins, ma toute dernière mise à jour (version 2.0.12) offre un rendement supérieur de 58% par rapport la version 2.0.11. Que suis-je?

Un dernier indice pour les hydrocéphales et les militaires qui me lisent par milliers.

Si l’on me compare à un chanteur…Non, disons plutôt à quelqu’un qui brame à la radio, je suis Justin Bieber : le melon (de Bourgogne), mais voué à l’oubli d’ici quelques années.

Alors, comme on dit Là-Haut : « Mais nom de Moi-Même, de quoi que c’est-y qu’on cause? ». Je vous envoie la réponse contre 2 tringles à rideau…

Premièrement, je suis l’acheteur à la vente aux enchères des Hospices de Beaune 2012. En contre-partie du délestage de 19 623,97 € (avant frais d’élevage) qui encombraient, il est vrai, mon porte-monnaie, je jouis de l’honneur insigne de disposer (dès 2014) de 288 bouteilles de Pommard ainsi que de 288 de Meursault 1er cru. Comme je l’ai déjà écrit dans ces billets, quand on aime, on compte mal…photo

Deuxièmement, je suis le résultat de la vente aux enchères des Hospices de Beaune 2012. Avec une récolte au Domaine Viticole des Hospices de Beaune en berne (30% de moins par rapport à l’année précédente), une qualité générale du millésime qui nécessitait un choix minutieux dans les lots achetés*, j’affiche une hausse de 58% des prix en 12 mois. Difficile de ressortir de la vente sans cette impression diffuse que le marché, dans son infinie magnanimité, nous a gratifié d’un accès supplémentaire dans le fondement dont la Nature elle-même avait rechigné à nous pourvoir.

Troisièmement, je suis le paradoxe du vin des Hospices de Beaune : un vin, dont, nous, les acheteurs, gonflons l’ego par la renommée que nous consentons à lui attribuer, et qui pourtant, dans quelques années, risque de sombrer dans l’oubli, ou dans le boeuf bourguignon. Le parallèle avec Justin Bieber s’arrête là : préférez toujours un bon Mercurey pour votre plat qu’un adolescent acnéique; le sébum est peu soluble dans la marinade…

* : doux euphémisme équivalent à la prétérition : c’est pas comme si 2012 était un millésime pourri…


27
Juin 12

Les coins où il fait bon boire

« Quand on aime, on ne compte pas »…Difficile de remettre en cause ce dicton populaire : des millions de connards ne peuvent pas se tromper. Néanmoins, lorsque l’on jette un oeil sur les prix de certains vins, on se rend rapidement compte de 3 choses :

  1. c’est que l’on a déjà déboursé 50% de son budget. Ne jetez pas votre second oeil, il vous permettra tout au plus de vous payer un millésime moyen de Mouton-Rothschild dans la phase vin de garagiste du célèbre château (entre 1962 et 1989),
  2. le prix est bien affiché en euros et non en roupies mauriciennes; les vacances à la Grande Motte ne vous réussissent décidément pas,
  3. l’adage cité supra est inexact : quand on aime, on compte mal. Exemple : si vous gagnez 1 500€ par mois, avoir acheté une bouteille de Pétrus 1989 à 1 400€ est peu judicieux…à moins que votre idole ne soit un certain Jérome. K. qui confondait ses prises de position avec son meilleur score au flipper.

Alors, mes chers coreligionnaires en subversion oenologique, si vos finances sont aussi bas perchées que les désillusions de Ségolène Royal, réjouissez-vous : certains pourfendeurs de médiocrité refusent encore, envers et contre tous, de suivre la ligne du parti, s’obstinant à proposer du vin à de très abordables prix. Inutile de préciser que cette démarche participe d’une approche globale du vin où la convivialité de tels énergumènes est en service compris. Petit tour d’horizon…

A l’occasion de la 151ème vente des Hospices de Beaune, je fis la rencontre du sieur Gérémy Gateau, tenancier de la cave Vinoboam. Ce fut pour moi l’occasion de goûter à une demi-douzaine de nectars burgondes, intelligemment proposés à la dégustation dans des package allant de 20€ à 30€, dont voici les plus notables spécimens : Chablis Grand Cru La Moutonne de chez Long-Dupaquit en 2008, fermé de prime abord, puis s’ouvrant magnifiquement; Volnay-Santenots 1er cru des Hospices de Beaune 2006 : encore très boisé; Beaune 1er cru « Les Hauts de Jarrons » du Domaine de Bellenne en 2008 : superbe nez, bouche ample; Morey-Saint-Denis de chez Jadot en 1997: étonnant de fraicheur, épicé, un vrai bonheur; Gevrey-Chambertin de chez Dugat-Py en 2005 : sublime, sur des notes de moka…Un grand moment partagé avec cet authentique passionné, aussi généreux que la chiffonnade d’Iberico qui accompagnait la dégustation…

« Cramez-vous, Bernard! » Cette délicate invitation au partage du degrés alcoolique de notre table fut prononcée par Guillaume, un ami qui vous veut du bien. Nous déjeunions alors à La Table de Guy, à Bron, dans la banlieue de Lyon. Guy Jandard, le grand ordonnateur des lieux, est aussi soigneux dans sa préparation d’une poêlée de cèpes ou la cuisson d’un pigeonneau avec son millefeuilles de polenta et girolles, que dans le choix des références de sa carte des vins. Jugez plutôt : Champagne 100% pinot meunier d’Egly-Ouriet : 80€; Château Rayas rouge : 190€; Côte-Rôtie 2007 « Champins le Seigneur » de chez Gérin : 58€; Condrieu d’André Perret « Clos Chanson » 2006 : 64€; Bourgogne blanc 2007 de chez Roulot : 32€…Mais le plus saisissant, comme souvent, n’est pas à la carte, mais dans les tréfonds de la cave du bonhomme, qui travaille directement avec les domaines les plus illustres : Saint-Joseph blanc 1998 et Hermitage blanc 1990 de Jean-Louis Grippa; Crozes-Hermitage rouge 1998 d’Alain Graillot, Roumier, Trappet, j’en passe, et des tous aussi bons…

Nicolas Paradis, le compère d’Olivier Magny

Nous terminerons cette balade gourmande par Paris, où l’on peut dénicher à quelques pas du Châtelet, au bar à vins O Château, une sélection exceptionnelle d’une quarantaine de vins au verre qu’un procédé de conservation via inertage par azote (machines Enomatic) rend accessibles au plus grand nombre. Comptez 25€ pour commencer en beauté sur une Grande Cuvée de Krug, 15€ pour goûter au Château d’Yquem 1991 ou 53€ pour mourir moins idiot après un Pétrus 1986…La carte des vins en bouteille servis sur table n’est pas en reste, comme en témoignent les cadavres exquis  flashés ci-contre. Cette riche idée d’offrir aux pauvres amateurs que nous sommes une sélection de tels trésors est l’oeuvre d’Olivier Magny, un hyper-actif de la vinosphère aux idées originales et au ton enjoué :

Comme quoi, consommation peut faire bon ménage avec modération, quand il s’agit des prix…


03
Avr 12

Histoire de goût…


20
Jan 12

Maniaques du vin, par ici la monnaie!

Commençons par un petit jeu. Parmi ces névrosés de l’agrégation compulsive, retrouvez le plus sobre :

1) placomusophile, 2) oenographile, 3) hélixophile, 4) capsapyroenophile, 5) oenophile, 6) tyrosémiophiliste, 7) buttappoenophile.

C’était facile…Le tyrosémiophiliste est en effet le seul collectionneur dont l’addiction n’est pas portée sur le vin. Certes, il compile les étiquettes de fromages, et d’aucuns rapportent que le puriste conserve également l’emballage. De bien belles ambiances en perspective chez ces amoureux du claquos…

Mais revenons aux bacchusophilistes. S’il est un parent pauvre parmi les collectionneurs d’objets liés au vin, c’est bien le buttappoenophile. En effet, le placomusophile pourra aisément trouver un collecteur digne de ses plus belles plaques de muselet ; l’oenographile dénichera sans mal un album pour coller ses précieuses étiquettes ; le capsapyroenophile n’a pas plus bel écrin que les murs de sa propre cave pour tapisser d’estampes; quant à l’hélixophile…Bon, lui, il se démerde avec ses tire-bouchons. Mais quid du buttappoenophile? Comment peut-il mettre en valeur ses bouchons de vin patiemment amassés? Gloria in excelsis Deo et in terra pax hominibus* ! Nos amis transalpins ont trouvé la parade : The Cork Collection Box! Pour l’équivalent du prix de 2 bouteilles de Haut-Marbuzet, ou de 10 bouteilles du Beaujolais cuvée Terroir de chez Pascal Chatelus, à vous de voir, vous vous offrirez un magnifique présentoir… pour 12 bouchons seulement. Les esprits chagrins me diront qu’un collectionneur de bouchons de vin a vraisemblablement plus de 12 trophées, et qu’au prix de 5€ / bouchon, le présentoir est une solution assez onéreuse. Mais l’irrationalité fondamentale du comportement du collectionneur ne devrait en aucun cas être un frein à l’assouvissement de sa passion.

Alors, merci à Albert l’Astucieux pour cette innovation technologique empruntée à la NASA (de l’adhésif pour décoller les étiquettes de vin retorses), et merci à The Cork Collection Box, pour cette prouesse d’ébénisterie (une boite en bois rectangulaire pour ranger des bouchons de vin).

* : mets donc du déo avant de prendre l’autobus (traduction à l’attention des cuistres latinistes).