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Juin 12

Les coins où il fait bon boire

« Quand on aime, on ne compte pas »…Difficile de remettre en cause ce dicton populaire : des millions de connards ne peuvent pas se tromper. Néanmoins, lorsque l’on jette un oeil sur les prix de certains vins, on se rend rapidement compte de 3 choses :

  1. c’est que l’on a déjà déboursé 50% de son budget. Ne jetez pas votre second oeil, il vous permettra tout au plus de vous payer un millésime moyen de Mouton-Rothschild dans la phase vin de garagiste du célèbre château (entre 1962 et 1989),
  2. le prix est bien affiché en euros et non en roupies mauriciennes; les vacances à la Grande Motte ne vous réussissent décidément pas,
  3. l’adage cité supra est inexact : quand on aime, on compte mal. Exemple : si vous gagnez 1 500€ par mois, avoir acheté une bouteille de Pétrus 1989 à 1 400€ est peu judicieux…à moins que votre idole ne soit un certain Jérome. K. qui confondait ses prises de position avec son meilleur score au flipper.

Alors, mes chers coreligionnaires en subversion oenologique, si vos finances sont aussi bas perchées que les désillusions de Ségolène Royal, réjouissez-vous : certains pourfendeurs de médiocrité refusent encore, envers et contre tous, de suivre la ligne du parti, s’obstinant à proposer du vin à de très abordables prix. Inutile de préciser que cette démarche participe d’une approche globale du vin où la convivialité de tels énergumènes est en service compris. Petit tour d’horizon…

A l’occasion de la 151ème vente des Hospices de Beaune, je fis la rencontre du sieur Gérémy Gateau, tenancier de la cave Vinoboam. Ce fut pour moi l’occasion de goûter à une demi-douzaine de nectars burgondes, intelligemment proposés à la dégustation dans des package allant de 20€ à 30€, dont voici les plus notables spécimens : Chablis Grand Cru La Moutonne de chez Long-Dupaquit en 2008, fermé de prime abord, puis s’ouvrant magnifiquement; Volnay-Santenots 1er cru des Hospices de Beaune 2006 : encore très boisé; Beaune 1er cru « Les Hauts de Jarrons » du Domaine de Bellenne en 2008 : superbe nez, bouche ample; Morey-Saint-Denis de chez Jadot en 1997: étonnant de fraicheur, épicé, un vrai bonheur; Gevrey-Chambertin de chez Dugat-Py en 2005 : sublime, sur des notes de moka…Un grand moment partagé avec cet authentique passionné, aussi généreux que la chiffonnade d’Iberico qui accompagnait la dégustation…

« Cramez-vous, Bernard! » Cette délicate invitation au partage du degrés alcoolique de notre table fut prononcée par Guillaume, un ami qui vous veut du bien. Nous déjeunions alors à La Table de Guy, à Bron, dans la banlieue de Lyon. Guy Jandard, le grand ordonnateur des lieux, est aussi soigneux dans sa préparation d’une poêlée de cèpes ou la cuisson d’un pigeonneau avec son millefeuilles de polenta et girolles, que dans le choix des références de sa carte des vins. Jugez plutôt : Champagne 100% pinot meunier d’Egly-Ouriet : 80€; Château Rayas rouge : 190€; Côte-Rôtie 2007 « Champins le Seigneur » de chez Gérin : 58€; Condrieu d’André Perret « Clos Chanson » 2006 : 64€; Bourgogne blanc 2007 de chez Roulot : 32€…Mais le plus saisissant, comme souvent, n’est pas à la carte, mais dans les tréfonds de la cave du bonhomme, qui travaille directement avec les domaines les plus illustres : Saint-Joseph blanc 1998 et Hermitage blanc 1990 de Jean-Louis Grippa; Crozes-Hermitage rouge 1998 d’Alain Graillot, Roumier, Trappet, j’en passe, et des tous aussi bons…

Nicolas Paradis, le compère d’Olivier Magny

Nous terminerons cette balade gourmande par Paris, où l’on peut dénicher à quelques pas du Châtelet, au bar à vins O Château, une sélection exceptionnelle d’une quarantaine de vins au verre qu’un procédé de conservation via inertage par azote (machines Enomatic) rend accessibles au plus grand nombre. Comptez 25€ pour commencer en beauté sur une Grande Cuvée de Krug, 15€ pour goûter au Château d’Yquem 1991 ou 53€ pour mourir moins idiot après un Pétrus 1986…La carte des vins en bouteille servis sur table n’est pas en reste, comme en témoignent les cadavres exquis  flashés ci-contre. Cette riche idée d’offrir aux pauvres amateurs que nous sommes une sélection de tels trésors est l’oeuvre d’Olivier Magny, un hyper-actif de la vinosphère aux idées originales et au ton enjoué :

Comme quoi, consommation peut faire bon ménage avec modération, quand il s’agit des prix…