11
Mai 13

Ambiance « bio » à la Beaujoloise 2013

IMG_2314« Salut, qu’est-ce que j’te sers? » C’est ainsi que Romain des Grottes, du domaine éponyme, m’accueillit en son stand lors de l’édition 2013 de la Beaujoloise, sans même attendre que mes titres de noblesse fussent énumérés. Les plus conservateurs d’entre vous auront relevé avec quelle outrecuidance l’homme, ou devrai-je dire la bête humaine, a ignoré la plus élémentaire des bienséances qui eût voulu qu’il baisât en premier lieu ma chevalière dans une génuflexion emplie d’obséquieuse déférence. Mais, que voulez-vous, il en va des bonnes manières comme de la guillotine : tout fout l’camp…A moins que les circonstances de notre rencontre n’expliquent cette attitude peu protocolaire. Pour y voir plus clair, planquons le Cahuzac…Heu, pardon : partons dans le Larzac…

IMG_2315La Beaujoloise est une manifestation iconoclaste rassemblant ce qui se fait de mieux (ou de pire) dans le Beaujolais viticole. On y trouve, au détour de ses 3 espaces de dégustation, des vignerons aux méthodes traditionnelles (Beaujol’Art), des vignerons bio et nature (Biojolaise) et des vignerons de tous styles (Beaujoloise). Vient s’ajouter un 4ème espace (Beaujalien), le « off » que tout bon événement se doit de drainer en son sillage, avec des figures aussi insaisissables que talentueuses, plus « nature » que leurs vins, telles que Christian Ducroux ou Michel Guignier. Alors, l’objet de ce salon vous paraît aussi limpide qu’un vin non filtré avec des poissons dedans? Disons que la Beaujoloise est le grand rassemblement des vignerons bio et nature du Beaujolais, mais pas que.IMG_2316

Mais commençons par rendre à Jules ce qui est à Jules. Le père des vins nature* est un homme du Beaujolais; il n’est donc pas étonnant qu’une telle manifestation se tienne au sein du royaume du Gamay. Jules Chauvet était un négociant, « winemaker » et grand dégustateur, chimiste de formation (ayant correspondu avec un Nobel de médecine), et qui, dans les années 60 fit les premiers vins nature en Beaujolais. Il influencera de nombreux vignerons, comme le rapporte son disciple Jacques Néauport (Les tribulations d’un amateur de vin, ed. La Presqu’Ile).

C’est donc dans une ambiance « bio » de bon aloi (gratuité de l’entrée et du lunch, bonne humeur non feinte, dress code qu’Emmaüs n’aurait pas permis), que l’on croise des vignerons qui servent de merveilleux nectars (Guy Breton, Mathieu Lapierre, Jean Foillard, Georges Descombes), ou parfois des philosophes reconvertis dans l’agriculture cosmique, pour qui les vins glou-glou** sont une fin en soi. Mais je réserve mon coup de griffe à ces humanoïdes qui revendiquent l’esprit « bio », arrivant au volant de leur voiture consommant 30l/100km, et que l’on reconnait à leurs élans simiesques pour tutoyer le quidam, histoire d’être aussi sympa que ces paysans authentiques travaillant la glèbe. « T’aimes ça, toi? Trop dégueu » lança à mon endroit un Abercrombie & Fitchoïde accompagné de sa pintade Louboutinisée. Comme disait Desproges : « je ne tutoie que les gens que j’aime, et toi, tu commences à me plaire… »

 

* : un vin nature est le résultat d’une conduite de vigne et d’une vinification n’acceptant aucun intrant exogène : aucun produit de synthèse (souffre, pesticide, etc), ni levure (non indigène). Le résultat peut être…surprenant!

** : certains vins nature sont qualifiés de « glou-glou » parce qu’ils se boivent facilement, sur le fruit, et sans risque de mal de tête le lendemain (parce non sulfité). Pour ma part, je trouve que ce terme est un cache-misère pour des jus tous identiques, sans expression propre, aux notes parfois animales (et déplaisantes), voire déviantes.


13
Fév 13

Concours International du Gamay (Lyon)

téléchargementUn jus de planche ou une décoction de cassis* ? Fromage ou dessert? Va t-on au coiffeur ou chez le capilliculteur? Afin de sortir définitivement de ces dilemmes cornéliens que la main d’un autre Pierre n’eut pas nié, rendez-vous furent pris à Lyon pour assister en toute bonne foi aux 2ème et 3ème éditions du Concours International du Gamay. Ces salubres célébrations oecuméniques ont pour but de louer le fruit (fermenté) de cette union entre Pinot Noir et Gouais**, si cher au palais d’un parterre d’ouailles baptisées au jus d’automne. Des vins honnêtes de vignerons non moins intègres y quêtent une gloire éphémère pour le salut de leurs ventes. Las! On ne croise pas que des enfants de coeur dans ces grands messes : d’irrémédiables charlatans cherchant l’aumône prêchent à grands renforts d’intarissables tord-boyaux ruine-papilles. Alors, recueillons-nous, mes biens chers frères, afin de trier le bon grain de l’ivraie…

images (2)

Un mannequin pour cagoule se cache dans l’assistance. Saurez-vous le retrouver?

Occasion exceptionnelle de goûter à tout ce qui se fait de près (Beaujolais) ou de loin (Canada) avec du Gamay noir à jus blanc, cette dégustation initiée par Inter Beaujolais invite nos sens au voyage, à la découverte de terroirs inconnus, à l’ouverture de l’esprit et du gosier. Avec pour fil conducteur ce cépage singulier aux expressions plurielles, je m’apprêtais à goûter le plaisir d’une ascension horizontale dans le royaume du souverain Beaujolais. Même si l’objectif avoué de ce type de concours est de noter, classer, discerner pour mieux décerner un prix, une médaille, à l’honneur ridicule, en tant que juré, on n’est pas à abri d’une rencontre heureuse.

Mais l’indigente variété des vins dégustés, plus proches du soda que d’authentiques crus, grimés à en faire pâlir un peintre en bâtiment, fit prendre à l’expérience sapide un fâcheux tournant, celui du crachoir. Je pointe ici du doigt la mode actuelle des Gamay aux goûts de cassis et de vanille que la thermovinification* et/ou un élevage en fût* confèrent aux vins. Le débat n’est pas plus d’être pour ou contre la vanille et le cassis, que pour ou contre le bleu et le rose. La question est de savoir si nous voulons que tous les garçons soient vêtus de bleu et toutes les filles de rose, au risque d’être rapidement saoulés. A moins que ce ne soit le but recherché…

* : lire l’article « Les errements du Gamay ».

** : l’authentification de  cette auguste lignée est le résultat d’une technique scientifique reposant sur l’utilisation des marqueurs moléculaires.


15
Jan 13

2012 : vous en reprendrez bien une petite rincée?

Rincé mais sec.Tondu mais à poil? Qui suis-je?

Pouf-pouf.

Malgré l’utilisation de 30% de ressources en moins, ma toute dernière mise à jour (version 2.0.12) offre un rendement supérieur de 58% par rapport la version 2.0.11. Que suis-je?

Un dernier indice pour les hydrocéphales et les militaires qui me lisent par milliers.

Si l’on me compare à un chanteur…Non, disons plutôt à quelqu’un qui brame à la radio, je suis Justin Bieber : le melon (de Bourgogne), mais voué à l’oubli d’ici quelques années.

Alors, comme on dit Là-Haut : « Mais nom de Moi-Même, de quoi que c’est-y qu’on cause? ». Je vous envoie la réponse contre 2 tringles à rideau…

Premièrement, je suis l’acheteur à la vente aux enchères des Hospices de Beaune 2012. En contre-partie du délestage de 19 623,97 € (avant frais d’élevage) qui encombraient, il est vrai, mon porte-monnaie, je jouis de l’honneur insigne de disposer (dès 2014) de 288 bouteilles de Pommard ainsi que de 288 de Meursault 1er cru. Comme je l’ai déjà écrit dans ces billets, quand on aime, on compte mal…photo

Deuxièmement, je suis le résultat de la vente aux enchères des Hospices de Beaune 2012. Avec une récolte au Domaine Viticole des Hospices de Beaune en berne (30% de moins par rapport à l’année précédente), une qualité générale du millésime qui nécessitait un choix minutieux dans les lots achetés*, j’affiche une hausse de 58% des prix en 12 mois. Difficile de ressortir de la vente sans cette impression diffuse que le marché, dans son infinie magnanimité, nous a gratifié d’un accès supplémentaire dans le fondement dont la Nature elle-même avait rechigné à nous pourvoir.

Troisièmement, je suis le paradoxe du vin des Hospices de Beaune : un vin, dont, nous, les acheteurs, gonflons l’ego par la renommée que nous consentons à lui attribuer, et qui pourtant, dans quelques années, risque de sombrer dans l’oubli, ou dans le boeuf bourguignon. Le parallèle avec Justin Bieber s’arrête là : préférez toujours un bon Mercurey pour votre plat qu’un adolescent acnéique; le sébum est peu soluble dans la marinade…

* : doux euphémisme équivalent à la prétérition : c’est pas comme si 2012 était un millésime pourri…


31
Déc 11

Campagne 2012 : j’en serai!

« L’anglais tond son gazon très court, ce qui permet à son humour de voler au ras des pâquerettes ». C’est assurément l’imminence du « Crunch » et le niveau d’élévation moyen du débat politique en France qui m’inspirent ce bon mot de Pierre Desproges. En cette crépusculaire année 2011, si l’heure est à l’indigestion (ça, c’est pour avoir repris 3 fois du civet de sanglier de belle-maman lors du réveillon) et à l’indigence (ça, c’est que nous servent les coqs par nous choisis dans leur course à l’investiture suprême), il nous faut regarder vers demain. Las! Les perspectives qui s’offrent à nous pour 2012 ne sont guère réjouissantes : suivrez-vous aveuglément quelqu’un, dont d’aucuns disent qu’il est sale, par la seule force de votre odorat? Ou êtes-vous prêt à lacher du mou sur notre pays? Ce dilemme cornélien, à l’instar du choix entre la peste et le choléra, peut inciter à l’abstention. Mais il existe une 3 ème voie, non pas béarnaise, mais bigourdane celle-là : je me lance officiellement dans la campagne.

Mon programme : donner du bonheur à ceux qui auront cru en moi. Tant pis pour les autres. Mon slogan : « Des sous pour une pièce ». Les signatures : j’en ai déjà plus de 30. Je suis fin prêt, sain d’esprit et large d’épaules. Alors, adhérez à l’ARC*, et envoyez des sioux!

Mais ne nous trompons pas de débat…Ma campagne a l’incongruité de reposer sur une promesse qui sera tenue : livrer 288 bouteilles de Volnay 1er cru cuvée Général Muteau et 288 bouteilles de Beaune 1er cru cuvée Guigone de Salins des Hospices de Beaune 2011 aux 35 gais lurons qui partagent l’amour du beau vin…Et qui patienteront jusqu’en septembre 2013. Exquise expérience que cet achat de 2 pièces (fûts de 225 litres de vin) lors de la 151ème vente aux enchères des Hospices de Beaune qui s’est tenue le 20 novembre dernier. Gageons que la voix de crécelle d’Inès de la Fressange n’aura pas gâté les moûts lors de ses pathétiques interventions pour haranguer les mécènes présents dans la salle, peu engagés à finalement débourser 110 000 € pour la pièce du président. Notons que lors de la 150ème édition, Fabrice Luchini réussit à récolter 400 000 € pour un vin moins prestigieux…

Je forme ici un voeu pour 2012 : rééditer cette aventure palpitante qu’est l’acquisition de l’un des vins les plus prestigieux de Bourgogne et ouvrir cette épopée à un cercle plus large d’amateurs. Rendez-vous sur VinduBeaujolais.com pour une rubrique bientôt dédiée à l’achat de vin aux Hospices Beaune.

 * : Amicale de la Ripaille Continente


24
Juin 11

Vinexpo 2011 – I was here…

Logo de la manifestation95 000 m² de stands, 47 pays représentés, 2 400 exposants, 48 000 visiteurs professionnels en 5 jours, 20 000 verres servis dans les « Tasting Lounges », et moi, et moi, et moi…Dans la série Régis se sent con, Régis assiste à la grand-messe vinicole mondiale…

Renversant, de voir la crème du gotha déambuler en quête d’un improbable importateur de vins mongols.

Déroutant, d’admirer ces innombrables naïades en bordure du lac de Bordeaux.

Ereintant, de passer 8h d’affilée à arpenter les allées du Hall 1 (840m x 60m, soit 5ha, à 45hl/ha, ça nous fait 30 000 bouteilles de Bordeaux gâchées…).

Le nebbiolo, c'est pas pour les péquenauds...Edifiant, de déguster les vins d’Angelo en compagnie de sa fille Rossana Gaja, de goûter la cuvée Emile Peynaud du Domaine Daumas-Gassac, de se teinter le palais à grand renfort de tannat du Château Montus cuvée XL ou encore La Tyre, de se réconcilier avec les vins blancs de la Vallée du Rhône Méridionale par le truchement du Château Beaucastel, de s’offrir une indigestion de pruneaux grâce à Francis Ford Coppola, de saisir les nuances d’un Porto Tawny de 40 ans ou d’un Ruby Vintage de la Quinta da Romaneira, de découvrir les sakés japonais servis frais (7°) et dont le taux de polissage (masse du grain de riz poli par rapport à sa masse originale) est un indicateur de qualité lorsqu’il est bas, ou enfin de s’humecter le cortex d’un Moulin-à-Vent du Château des Jacques (Grand Carquelin 2010 tiré sur fût) ou d’un Morgon du Château des Lumières 2006 de la sérieuse Maison Louis Jadot.

Incontournable Duboeuf...Décevant, en conclusion, l’absence notable de l’Interprofession du Beaujolais; ce n’est pas comme si les vins du Beaujolais se vendaient comme des cercueils à 6 places. Seuls quelques noms familiers ont fait le déplacement : Château de Pizay, Château du Chatelard, Louis Jadot ou Georges Duboeuf. A 9 000 € le stand, c’est compréhensible, mais on peut supputer qu’un regroupement de producteurs non concurrents sur un même espace (Bordeaux et Beaujolais, à l’instar du Château de Pizay) rende la douloureuse plus supportable. Encore eût t-il fallu que l’on s’entendît sur une forme de coopération. Cocasse pour un région où elle représente 30% de la récolte totale…