Les errements du Gamay

Les 40 dernières années semblent s’être acharnées sur le Beaujolais. Je distinguerais trois époques, certaines se chevauchant allègrement, chacune charriant son lot de turpitudes. Revenons sur ces évènements, comme s’il était besoin de prouver que l’esprit est aussi peu ardent que la chair est faible*.

1ère époque : que pisse la vigne !

pissedru

Un programme qui en dit long…

Quand on sait que jusque dans les années 60, les vins du Beaujolais rivalisaient en prix avec la Bourgogne, la tentation était grande pour nos producteurs spécialisés dans le Gamay que de pousser à l’excès les rendements, au détriment rédhibitoire de la qualité. Alors que les Romains savaient déjà canaliser leurs irrépressibles besoins naturels, l’homo beaujolus, lui, n’a rien trouvé de mieux que les bouteilles de vin pour soulager cette vigne incontinente. Triste époque que ces années 70 à 90 où la vigne « pissait » goulûment, hypothéquant pour les décennies à venir l’image du Beaujolais.

2ème époque : vive le jus de planche !

C’est en référence aux douelles des tonneaux de chêne qui composent les barriques où sont élevés certains vins peu engageants que l’on parle de jus de planche. Depuis les années 80-90 fleurissent dans tous les vignobles du monde des vins où cette technique d’élevage trop poussée (temps de passage en fût trop long, futaille trop neuve) fait apparaitre un goût prééminent de vanille, gommant ainsi toute expression variétale comme le fruité du Gamay. Popularisée par Robert Parker, cette technique oenologique a signé d’heureux succès, comme à Bordeaux, dans le Rhône ou en Bourgogne, dont les cépages intègrent traditionnellement bien les notes « boisées ». Mais suffit-il de singer d’illustres références pour s’en arroger le talent?

3ème époque : qui veut de la cocote?

Vin bouillu, vin foutu...

Vin bouillu, vin foutu…

La Macération Pré-Fermentaire à chaud (MPC), dite plus prosaïquement « thermovinification », reprend le principe de la décoction puisqu’il s’agit d’extraire les principes aromatiques et colorants du moût de raisin par élévation significative de la température (60° à 70°C, contre 30-35°C maximum). Très en vogue dans le Beaujolais depuis les années 90-2000, elle a pour conséquence d’intensifier la robe du Gamay qui est intrinsèquement plutôt léger en couleur, et surtout d’en exacerber le goût de cassis. Louée par les coopératives à qui cette méthode permet d’aligner sur un standard gustatif unique les différentes vendanges rentrées, d’aucuns la honnissent, y voyant l’emploi massif d’un cache-misère et l’uniformisation rampante des vins.

Je ne prêche pour aucune paroisse : un rendement trop faible est économiquement non viable alors que des rendements trop élevés diluent le vin; un passage du vin en fût de chêne peut l’ « arrondir » alors qu’un séjour prolongé peut le « charger » outrageusement en vanille; un usage modéré de thermovinification par assemblage de différentes cuvées peut intensifier la robe et complexifier un vin alors qu’un usage exclusif rend un vin aussi intéressant à la dégustation qu’un soda. Non, ma prière s’adresse à tous ces vignerons qui se renient : amenez le consommateur à vous au lieu de vous abaisser au marché, vous survivrez ainsi à toutes les modes.

* : comme quoi les dires de ce sportif célèbre du début de notre ère, spécialiste du saut de l’ange, ne sont pas toujours paroles d’évangile…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Prouvez que vous êtes un honnête buveur... *