Ambiance « bio » à la Beaujoloise 2013

IMG_2314« Salut, qu’est-ce que j’te sers? » C’est ainsi que Romain des Grottes, du domaine éponyme, m’accueillit en son stand lors de l’édition 2013 de la Beaujoloise, sans même attendre que mes titres de noblesse fussent énumérés. Les plus conservateurs d’entre vous auront relevé avec quelle outrecuidance l’homme, ou devrai-je dire la bête humaine, a ignoré la plus élémentaire des bienséances qui eût voulu qu’il baisât en premier lieu ma chevalière dans une génuflexion emplie d’obséquieuse déférence. Mais, que voulez-vous, il en va des bonnes manières comme de la guillotine : tout fout l’camp…A moins que les circonstances de notre rencontre n’expliquent cette attitude peu protocolaire. Pour y voir plus clair, planquons le Cahuzac…Heu, pardon : partons dans le Larzac…

IMG_2315La Beaujoloise est une manifestation iconoclaste rassemblant ce qui se fait de mieux (ou de pire) dans le Beaujolais viticole. On y trouve, au détour de ses 3 espaces de dégustation, des vignerons aux méthodes traditionnelles (Beaujol’Art), des vignerons bio et nature (Biojolaise) et des vignerons de tous styles (Beaujoloise). Vient s’ajouter un 4ème espace (Beaujalien), le « off » que tout bon événement se doit de drainer en son sillage, avec des figures aussi insaisissables que talentueuses, plus « nature » que leurs vins, telles que Christian Ducroux ou Michel Guignier. Alors, l’objet de ce salon vous paraît aussi limpide qu’un vin non filtré avec des poissons dedans? Disons que la Beaujoloise est le grand rassemblement des vignerons bio et nature du Beaujolais, mais pas que.IMG_2316

Mais commençons par rendre à Jules ce qui est à Jules. Le père des vins nature* est un homme du Beaujolais; il n’est donc pas étonnant qu’une telle manifestation se tienne au sein du royaume du Gamay. Jules Chauvet était un négociant, « winemaker » et grand dégustateur, chimiste de formation (ayant correspondu avec un Nobel de médecine), et qui, dans les années 60 fit les premiers vins nature en Beaujolais. Il influencera de nombreux vignerons, comme le rapporte son disciple Jacques Néauport (Les tribulations d’un amateur de vin, ed. La Presqu’Ile).

C’est donc dans une ambiance « bio » de bon aloi (gratuité de l’entrée et du lunch, bonne humeur non feinte, dress code qu’Emmaüs n’aurait pas permis), que l’on croise des vignerons qui servent de merveilleux nectars (Guy Breton, Mathieu Lapierre, Jean Foillard, Georges Descombes), ou parfois des philosophes reconvertis dans l’agriculture cosmique, pour qui les vins glou-glou** sont une fin en soi. Mais je réserve mon coup de griffe à ces humanoïdes qui revendiquent l’esprit « bio », arrivant au volant de leur voiture consommant 30l/100km, et que l’on reconnait à leurs élans simiesques pour tutoyer le quidam, histoire d’être aussi sympa que ces paysans authentiques travaillant la glèbe. « T’aimes ça, toi? Trop dégueu » lança à mon endroit un Abercrombie & Fitchoïde accompagné de sa pintade Louboutinisée. Comme disait Desproges : « je ne tutoie que les gens que j’aime, et toi, tu commences à me plaire… »

 

* : un vin nature est le résultat d’une conduite de vigne et d’une vinification n’acceptant aucun intrant exogène : aucun produit de synthèse (souffre, pesticide, etc), ni levure (non indigène). Le résultat peut être…surprenant!

** : certains vins nature sont qualifiés de « glou-glou » parce qu’ils se boivent facilement, sur le fruit, et sans risque de mal de tête le lendemain (parce non sulfité). Pour ma part, je trouve que ce terme est un cache-misère pour des jus tous identiques, sans expression propre, aux notes parfois animales (et déplaisantes), voire déviantes.

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